Détail du raisonnement qui nous a servi à construire la page concernant les personnalités particulières

Sur ce site, comme indiqué à la question d'introduction 'Quel est l'objectif de ce site ?', nous cherchons à être pédagogiques, et ne cherchons pas à démontrer. La partie démonstration se trouve dans le livre Du capital à la raison. Cependant, au moment de vérifier si les recommandations que nous formulons concernant la conduite de sa vie s'appliquent aussi aux personnalités particulières et minoritaires, nous constatons que les données scientifiques solides sur lesquelles s'appuyer sont trop faibles pour pouvoir traiter le sujet par une simple synthèse, comme nous avons pu le faire concernant de nombreuses autres questions. Nous avons donc décidé de créer cette sous page, dans laquelle nous détaillons notre démarche empirique.

Les grandes catégories de la psychiatrie contemporaine

Les individus sont classés dans trois carégories (structures de la personnalité) principales :

structure de personnalité

description

névrosés

Les individus considérés normaux

pathologies limites

Peut être vu comme un entre deux entre la névrose et la psychose
C'est la catégorie en phase avec les spécificités de la société occidentale contemporaine

psychotiques

Les individus présentant de fréquentes ruptures avec la réalité

La psychiatrie n'a jamais été une science indépendante de la société dans laquelle elle s'exerce. C'est pour cela que au début du XXIᵉ siècle, les pathologies limites ont pris la place de hystérie, qui correspondait à la société de la fin du XIXᵉ siècle.

Ces trois grandes catégories sont ensuite affinées au sein de deux manuels de diagnostic, qui sont le DSM-5 et le CIM-10, sous forme d'une miriade de pathologies élémentaires, qui viennent raffiner ou s'ajouter à ces trois structures de personnalité de base. Au niveau des pathologies élémentaires, on constate une certaine instabilité d'une version à l'autre, qui résulte des difficultés de terrain que chaque version rencontre quand elle est mise en pratique.

Les méthodes de diagnostic et les thérapies

Concernant le diagnostic et les thérapies, il existe aujourd'hui principalement trois approches ou écoles :

approche / école

méthode d'analyse

méthode thérapeutique

limites

approche psychanalytique

exploration par le langage des traumatismes infantiles

la verbalisation du traumatisme produit un certain soulagement, et permet un travail de reconstruction

n'est pas une thérapie démontrée

a créé son propre jeu de concepts croyances

approche cognitivo-comportementaliste

identification des comportements actuels

apprentissage de nouveaux comportements socialement plus acceptables

relève d'un conditionnement qui peut facilement tourner à la maltraitance

les neurosciences

principalement imagerie médicale

 

ne disent des choses utilisables en psychiatrie qu'à condition de faire dire aux résultats scientifiques obtenus ce qu'ils ne disent pas

Les méthodes de diagnostic psychiatrique restent aujourd'hui fragiles dans le cas général, l'approche psychanalytique (faire parler le patient) étant juste la moins risquée. Bien souvent, le praticien hésite au final sur l'étiquette DSM à accoler au patient. A notre niveau, cela se traduit par le fait que l'état de l'art ne permet pas toujours de déterminer fiablement à qui l'on a à faire.

Biais de la mesure de la distance à l'individu médian dans le DSM

Nous prenons ici nos distances vis à vis du DSM, quelle que soit sa version. En effet, son approche méthodologique consiste à définir les pathologies (psychopathie, autisme) par 'au moins n critères parmi p'. Les pathologies ainsi définies ne correspondent donc pas uniquement à une direction de variation par rapport à l'individu médian, mais à une direction plus une distance minimum. Cette distance est implicitement ajustée pour séparer le plus précisément possible les individus qui ne parviennent plus à s'insérer dans la société, ou posent problème à celle-ci.
Cette méthodologie est problématique du point de vue scientifique, parce qu'elle n'est pas construite pour éclairer le fonctionnement des divers individus, mais pour optimiser l'utilisation de la ressource traitement. Pour un certain nombre d'individus, la nature de la pathologie qui les différencie de l'individu médian est assez claire, mais comme l'individu n'est pas très distant de l'individu médian, ou a tout simplement des capacités d'adaptation suffisantes, la méthodologie de diagnostic DSM va conduire à ergoter sur 'est-il assez anormal pour recevoir l'étiquette'. Ce biais est démontré par la sous représentation des femmes dans certaines pathologies (psychopathie, autisme) ... parce qu'elles ont des capacités d'adaptation sociale plus importantes.
Nous avons donc décidé de plutôt chercher à caractériser les axes suivant lesquels les individus qui s'éloignent de l'individu médian se rangent. Ceci est voisin de la théorie des traits de la personnalité d'Allport. Ensuite, notre approche repose sur la recherche d'ensembles de critères/axes/traits qui vont ensemble, c'est à dire tendent à se retrouver chez les mêmes individus. Autrement dit, la classification que nous retenons consiste à attribuer un nom à des sous ensembles des critères/axes/traits présentant un niveau de corrélation élevé.

Biais de la normalité du groupe dominant

Une autre difficulté tient au fait que le groupe dominant se considère comme normal. Pourtant, comme nous l'avons montré à la question 'Pourquoi les humains raisonnent-ils massivement faux ?', l'humain médian fait preuve d'un manque évident de rationalité.
Le comportement de l'humain médian est de surcroît considéré comme socialement acceptable. Ce faisant, on minore, ou ignore, la part duperie au niveau des relations sociales. Cela conduit par exemple à proposer à des autistes une forme de rééducation (approche cognitivo-comportementale) pour mieux décoder les expressions faciales, sans leur fournir l'ensemble des clés qui leur permettaient de mieux comprendre les interractions sociales réelles.
Un objectif majeur de l'ensemble de ce site est donc de fournir une description non expurgée du fonctionnement réel de l'individu médian. Ensuite, l'objectif spécifique de cette question 'Est-ce que tous les humains fonctionnent sur le même modèle ? Comment ne pas être dupe ?' est de fournir des précisions concernant certains types d'individus s'éloignant de cet individu médian, pour permettre de mieux les comprendre, dans le but de moins subir leur comportement, ou de moins les exclure par préjugé.

Classification des personnalités et pathologies

Voici enfin la classification à laquelle nous aboutissons, suite à nos recherches bibliographiques.
Elle ne prétend absolument pas être une meilleure classification, mais juste lister les catégories que nous avons envisagées, ainsi que le regroupement que nous avons effectué. Ce regroupement est original, parce qu'il est influencé par notre réponse à la question 'Qu'est-ce qu'un humain ?' qui elle s'appuie sur des bases que nous tenons pour raisonnablement solides.
Nous avons aussi jugé utile d'ajouter une personnalité/pathologie Abuseur, qui au niveau psychiatrique correspond à l'individu normal, médian, névrosé, mais qui choisi, pour des raisons philosophiques, d'adopter un comportement contraire à l'intérêt général.
Enfin, au niveau de la page de réponse à la question 'Est-ce que tous les humains fonctionnent sur le même modèle ? Comment ne pas être dupe ?' nous avons retenu uniquement les personnalités/pathologies pertinentes vis à vis des objectifs généraux de ce site.

Partie de la personnalité concernée

Pathologie

Description

Effet vis à vis de la conduite de sa vie

Effet vis à vis des autres

Développement

Psychopathe léger

N'a pas accédé à l'âge de raison
Personne très difficile à identifier parce-qu'elle avance masquée (The mask of sanity)

Pas de bonne volonté pour construire

Se comporte en parasite

 

Autiste léger

N'est pas entré à l'adolescence dans le jeu des alliances

Incapacité à participer au jeu des alliances

 

 

Personalité borderline

N'a pas adopté le principe de précaution des adultes

Manque la prise de recul

Mise en danger

Raison et dissonance cognitive

Psychotique

Perte de contact avec la réalité

Incapacité à conduire sa vie

 

 

Phobique

La raison ne parvient pas à s'imposer dans certains domaines spécifiques

Incapacité à gérer certaines situations

 

 

Hystérique

La dissonance cognitive conduit à des comportements extrêmes

Manque la prise de recul

Stress (absence de sérénité)

 

Surdoué

Trouve du plaisir dans l'apprentissage

Amené à affronter le groupe plus qu'à son tour

 

Ambition sociale

Autiste (bis)

Pas intéressé par le jeu des alliances

Déclassement social

 

 

Chester

Amitiés de circonstances dont la base est la stratégie d'alliance
Vu comme normal

Vie centrée sur le jeu des alliances
Difficulté à se défaire des croyances
N'intègre pas la nécessité de minimalité

Ignore les effets indirects
Procure aux autres une confiance illusoire

 

Castrateur / Tony

Rabaisse ou terrorise les autres

Vie centrée sur le jeu des alliances
Obnubilé par réussir dans la vie
Ne s'occupe pas de réussir sa vie

Pression psychologique, anxiété (menace)

 

Histrion

Utilise l'instinct des autres de chercher à s'allier à des personnages importants

Vie centrée sur le jeu des alliances

 

Affectif et énergie

Dépression

Niveau d'énergie toujours bas

Pas l'énergie nécessaire pour conduire sa vie

 

 

Bipolaire

Niveau d'énergie instable

Difficulté à conduire sa vie

 

 

Hystérique (bis)

Comportements extrêmes

 

 

 

Sadique

Trouve du plaisir dans la souffrance de l'autre

 

Destructeur

Responsabilité

Abuseur

Choix philosophique de ne pas respecter les autres

N'intègre pas la nécessité de minimalité

Abuse des faibles, se moque des effets indirects

Tony et Chester sont les noms de deux singes luttant pour la position de chef dans le reportage Primates des Caraïbes de Jack Silberman et Jean-Christophe Ribot. Voir la question 'Quelles sont les conséquences de l'ambition sociale ?'.

Limites et perspectives

Arrivé à ce point, nous devons constater que nous sommes encore bien loin de l'entrée de la psychiatrie à l'ère de la science moderne. Voir la question 'Qu'est ce que la méthode scientifique moderne ?'. En effet, une approche scientifique de la psychiatrie suppose probablement d'associer à chaque personnalité/pathologie un ensemble de réponses (discriminantes vis à vis de l'individu median) à des expériences standardisées de psychologie expérimentale, de telle sorte que l'on puisse faire le diagnostic d'un individu en testant sur lui un sous ensemble des expériences, et que l'on constate ensuite une bonne prédictibilité concernant les résultats des autres expériences.
Pour être valable, un tel système devrait de plus permettre de constater une corrélation entre le caractère concluant du diagnostic et le degré de prédictibilité concernant les résultats des autres expériences. C'est ainsi que l'on pourrait diagnostiquer efficacement les individus qui ne s'éloignent que légèrement de l'individu médiane. Cela impliquerait simplement d'associer au diagnostic un indice de confiance ou d'intensité.

Un tel système serait d'une grande utilité dans la vie de tous les jours. Cela permettrait de déterminer à qui l'on a à faire en évaluant des critères facilement accessibles, et en déduire d'autres critères comportementaux plus difficiles d'accès ou cachés, qui peuvent avoir une influence importante au niveau des relations sociales. Le tableau que nous proposons dans la réponse à la question 'Est-ce que tous les humains fonctionnent sur le même modèle ? Comment ne pas être dupe ?' en est une naïve ébauche sans valeur scientifique, qui vise en particulier à aider à déjouer le recours au mensonge, ainsi que l'effet de certains préjugés et autres réflexes comportementaux.

Approfondir

Consulter la théorie des traits de la personnalité d'Allport, qui présente un ensemble différent de critères visant à caractériser une personnalité.

Théorie des traits

 

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